Wilhelm Junglas j’avais découvert ce nom à côté du mien dans l’édition allemande d’une bibliographie consacrée à Georges Brassens.
Camarade d’enfance du poète, j’avais aidé Georges dans ses débuts difficiles, alors que j’étais jeune journaliste à Paris Match.
D’évidence, je devais rencontrer cet admirateur étranger et traducteur de mon célèbre ami.

Et j’ai découvert en Wilhelm Junglas un autre artiste, un sculpteur, créateur d’une technique peu banale.
C’était en Provence, devant son atelier blotti sous des platanes centenaires, à deux pas du four où vont naître ses dernières œuvres.
De ses doigts solides, plus habitués aux rudes contacts de la matière, il égrenait sur la guitare de ses loisirs une mélodie à tous deux familière.

Né en 1955 en Allemagne, il avait souhaité en traduisant Brassens, faire découvrir à ses compatriotes ce poète puissant,
sensuel et grand coloriste du langage. Il me raconte sa jeunesse en Allemagne, à Bonn, où Fac de Lettres et Ecole des Beaux Arts étant voisines,
il poursuit de doubles études. Formation oblige, l’apprentissage du dessin, de la céramique, du modelage de la glaise,
de la taille plus délicate du bois et de la pierre le dote d’une solide technique. Finalement, il opte pour le travail du métal, celui du fer.
Sa maîtrise de lettres modernes en poche, la passion l’emporte: Il sera artiste libre. Il court alors les ferrailleurs, amasse les matériaux,
découpe, soude et de ses mains naissent les premières structures que le public découvre dans les galeries de Bonn, de Heidelberg et de Munich.

Mais l’artiste poursuit sa quête. Trop convenues ces figures allégoriques, son esprit est déjà plus loin, il change de cap et ne va garder
de sa première technique que les éléments de base, le fer et le feu. Ce fer que l’oxydation habille de toutes les nuances des ocres le fascine.
Le chalumeau va alors remplacer fusain et pinceau du peintre pour dessiner sur ce support inédit: la tôle. Cette création monochrome
le passionne, mais déjà une autre voie s’impose à lui. Wilhelm Junglas songe à la céramique de ses débuts et imagine de combiner le métal
et l’émail, unis par la cuisson au four qui va détruire et enrichir mutuellement ces deux matières. Les tôles s’arc-boutent dans la fournaise,
brisent les dessins et font s’épanouir les couleurs en tons subtils et soyeux. Le paysage, la nature morte, le nu s’en trouvent transfigurés et
les villages provençaux surgissent dans ses oeuvres dans leur incandescence originelle. Cet art ordonné et désordonné exige l’accord
indispensable de l’œil et de la main de l’artiste en prélude à cette esthétique de la destruction, magnifiquement orchestrée par ce Vulcain
provençal. Je vous souhaite de le découvrir.


Victor Laville
Victor Laville était rédacteur en chef adjoint à Paris Match.
C’est lui qui organisa la rencontre décisive de Georges Brassens avec Patachou.